Les conséquences socio-psychologiques des politiques agricoles - Comparaison Suisse-France-Québec
Depuis une bonne quinzaine d’années, l’agriculture européenne et des pays industrialisés en général passe par une série de questionnements et de redéfinitions de ses conditions-cadres. Une étape marquante a été l’introduction du secteur agricole dans les négociations de l’OMC en 1992 (Uruguay Round), sonnant le glas de l’exception agricole qui avait protégé jusque-là les différentes agricultures de la libre concurrence internationale.
Différentes réformes s’ensuivirent afin de rendre l’agriculture compatible avec les règles du commerce mondial. La notion de découplage (séparation de la politique des prix de celle des revenus) a émergé, entraînant dans son sillage celle de multifonctionnalité. Au coeur du débat, une libéralisation accrue du commerce agricole, la levée de divers obstacles à la libre circulation des produits agricoles (tarifaires ou non tarifaires, barrières douanières, etc.) et la reconnaissance des autres biens produits par l’agriculture, biens publics non marchands, tels que l’entretien du paysage, le maintien des ressources naturelles ou encore la sécurité alimentaire.
Ce changement de paradigme s’est accompagné d’une profonde restructuration des campagnes : disparition accélérée des exploitations agricoles, augmentation continue de leur taille, diminution des prix agricoles, diminution du revenu, dépendance accrue vis-à-vis des politiques publiques, etc.
Différentes équipes de recherche (rattachées respectivement à l’Institut, à l’Université de Neuchâtel, à l’Université de Franche-Comté, à l’Université Laval et à l’Université du Québec à Montréal) ont mené des travaux de manière indépendante dans trois régions d’étude – Suisse romande, France et Québec – pour aboutir au même constat sur le plan sociologique, psychologique et de la santé publique : crise identitaire, surcharge de travail, stress, burn-out, découragement, divorce, isolement social, voire suicide, sont de plus en plus présents dans les campagnes.
Dans le projet « Les conséquences socio-psychologiques des politiques agricoles : étude interdisciplinaire et comparative Suisse-France-Québec », coordonné par Yvan Droz et financé par le Réseau suisse pour les études internationales, ces diverses recherches préliminaires seront confrontées de manière systématique, en vue de quatre objectifs centraux:
- Un ensemble d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs sera développé afin de dresser le bilan social, de santé et psychologique des agriculteurs dans les trois régions d’étude. Ces indicateurs porteront sur la situation économique des exploitations, le niveau de stress des agriculteurs et des agricultrices, la santé, la détresse psychologique, les pensées suicidaires, ainsi que sur l’image qu’ils ont de leur métier et le sentiment d’isolement et d’exclusion sociale.
- En parallèle, une analyse des mesures proposées par les trois politiques agricoles de soutien aux exploitations permettra de présenter leurs convergences
et divergences. Cette analyse tiendra compte du contexte social, politique et économique général dans lequel s’insèrent les politiques agricoles de chaque pays : balance commerciale, contribution de l’agriculture au PIB, dépenses agricoles en regard des dépenses publiques totales, taux d’emploi agricole et non agricole, etc. - La mise en rapport de ces mesures politiques et économiques avec le diagnostic socio-psychologique de l’agriculture permettra d’évaluer l’impact social des politiques agricoles et d’interroger la pertinence des différentes formes d’accompagnement institutionnel des transformations que vit le monde agricole depuis plusieurs décennies.
- Il s’agira enfin de développer et d’améliorer les interventions de prévention auprès du monde agricole.
Ce projet est financé par le Réseau suisse pour les études internationales.
